Le Scan to BIM pour des projets de construction réussis, Interview d’une Experte

Le BIM face à la complexité des projets modernes

Le secteur de la construction connaît une transformation numérique majeure et le BIM (Building Information Modeling) s’impose comme un des pilliers de cette évolution. La digitalisation à toutes les étapes du projet et la précision des données reste un enjeu clé, notamment lors de projets de rénovation ou de réhabilitation. C’est ici que les relevés 3D par scanner laser entrent en jeu.

Pour explorer ce sujet, nous avons recueilli l'expérience d'une consultante BIM, Hela Marrakchi, qui a collaboré avec des prestataires spécialisés dans les relevés 3D. Elle partage avec nous les bénéfices, les défis rencontrés et ses conseils pour une intégration optimale de ces technologies.

Hela Marrakchi

Focus sur Hela Marrakchi

Consultante, Manager en Transformation Numérique et Développement Organisationnel

Je conseille et j’acompagne les acteurs du BTP dans leur transformation numérique.

« C’est en créant une culture de la donnée et en favorisant la collaboration entre tous les intervenants que l’on pourra véritablement transformer et moderniser notre secteur, au bénéfice de tous. »
— Hela Marrakchi

Bonjour Héla, peux-tu nous parler de ton parcours et de ton arrivée dans le BIM ?

Mon parcours est marqué par une passion pour l’innovation technologique et la digitalisation des processus de construction. Dès mes premières expériences professionnelles, j’ai pu constater les limites des méthodes traditionnelles de gestion de projet : manque de coordination, difficulté à suivre précisément les données techniques, perte d’informations entre les intervenants, etc. Cette prise de conscience m’a poussée à m’orienter vers le BIM, qui permet non seulement de modéliser un projet mais également d’optimiser sa gestion en structurant et en exploitant efficacement les données tout au long du cycle de vie de l’ouvrage. Le BIM s’est alors imposé pour moi comme la solution la plus adaptée pour favoriser la collaboration et la transversalité dans un secteur qui s’était progressivement fragmenté.

Quels sont les projets sur lesquels tu es intervenue ?

 Au fil de ma carrière, j’ai participé à de nombreux projets d’envergure, dans différents domaines :

  • Des projets de rénovation et de réhabilitation : j’y ai découvert les technologies de numérisation 3D, notamment le scanner laser. J’ai pu y suivre l’intégralité du processus, de l’acquisition des données sur site à la création du nuage de points, jusqu’à la production d’une maquette numérique précise. J’ai également accompagné des maîtres d’ouvrage sur des bâtiments anciens, où la précision du relevé 3D est crucial pour valoriser le patrimoine et anticiper les contraintes structurelles, je pourrais citer l’hôtel Disney du Séquoia Lodge.

  • Les infrastructures ferroviaires : j’ai piloté plusieurs projets complexes dans lesquels la maquette numérique BIM était un outil central pour la planification, la coordination et le suivi de chantier dont le projet de la Ligne 15 Est du métro de Paris.

  • L’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage BIM : dans le cadre de mes missions d’AMO, j’ai également contribué à l’élaboration de cahiers des charges, ainsi qu’à la définition de stratégies digitales pour la réussite de projets BIM. J’ai eu divers clients comme la préfecture de police de Paris, le département 78 ou Disney.

Tu connais notre passion pour le scan 3D. Comment vois-tu le lien entre la numérisation 3D et le BIM ?

Le scanner laser 3D n’est pas un outil incontournable pour tous les projets BIM, mais il s’avère indispensable dans certains cas, particulièrement pour la rénovation, la réhabilitation ou la restauration d’ouvrages existants. Le scan 3D permet de :

  • Capturer la réalité physique d’un ouvrage avec une précision millimétrique,

  • Générer un nuage de points qui sert de base fiable pour la modélisation,

  • Créer une réplique numérique exacte tout au long du cycle de vie de l’ouvrage.

L’intégration de la numérisation 3D dans le BIM assure une excellente cohérence entre la réalité du bâti et sa représentation numérique, facilitant la planification, la conception et même l’exploitation future du bâtiment.

Quels est ton TOP 3 des usages du “SCAN to BIM” ?

Scan to BIM
  1. Maquette de référence fiable : les relevés 3D permettent de créer une maquette de l’existant extrêmement précise. Cette fiabilité évite les incohérences et les erreurs qui pourraient survenir si l’on s’appuie sur des données partielles ou obsolètes.

  2. Vérification en phase de chantier : le scan 3D peut être utilisé pour contrôler la bonne exécution des travaux et détecter très tôt d’éventuelles déviations.

  3. Intégration au site : en début de chantier, la possibilité de scanner l’environnement d’un ouvrage (contexte paysager, urbain, environnemental) permet de valider l’intégration du projet dans son milieu.

Quels sont les enjeux que tu as rencontré lors d’utilisation de données 3D ?

En effet, l’utilisation de données 3D peut parfois s’accompagner de défis comme :

  • Le volume de données et sa gestion : Les nuages de points sont souvent très lourds et nécessitent des solutions de stockage et de traitement performantes. Il peut arriver que des équipes ne soient pas équipées pour manipuler de gros volumes de données.

  • Qualité et précision du relevé : Un scan mal réalisé peut compromettre la fiabilité de la maquette. Il est donc essentiel de bien définir les critères de précision requis (mm, cm) et de planifier les sessions de relevé.

  • Interopérabilité logicielle : Bien que les formats standards (IFC, par exemple) facilitent les échanges, certains logiciels ne gèrent pas toujours parfaitement la conversion des nuages de points.

  • Formation et compétences : L’intégration de la 3D dans le BIM demande des compétences nouvelles. Sans accompagnement et formation, l’équipe peut avoir du mal à exploiter pleinement les données scannées. En revanche, lorsqu’elle est bien maîtrisée, les données 3D améliore considérablement la coordination et la détection des conflits.  

Avec ton expérience, quelles sont les idées reçues sur le Scan to BIM ?

« C’est trop cher et réservé aux grands projets  »
« Un nuage de points, c’est compliqué à utiliser  »

Mon avis : Les outils se démocratisent et deviennent plus simples d’utilisation. De plus, les prestataires proposent souvent un accompagnement ou une assistance technique. Au final tout dépend de la taille du projet et le besoin.

Mon avis : Les coûts liés au Scan to BIM ont baissé avec l’évolution de la technologie, et il est aujourd’hui possible de trouver des solutions adaptées à des projets de toutes tailles. La précision obtenue permet souvent de réaliser des économies importantes en évitant des erreurs coûteuses.

« On a déjà des plans, on n’en a pas besoin  »
« C’est juste de la modélisation 3D et rien de plus »

Mon avis : Le Scan to BIM s’inscrit dans une démarche plus large de gestion de données (BIM). Le nuage de points intègre des informations géométriques et peut être enrichi avec des données techniques, facilitant la coordination, la planification et l’exploitation du bâtiment.

Mon avis : Les plans papier ou 2D peuvent comporter des approximations ou ne plus être à jour. Le Scan to BIM offre un relevé précis de l’existant, particulièrement utile pour la rénovation, la réhabilitation, l’aménagement ou la détection de conflits structurels.

« Ça prend trop de temps et ralentit le chantier »

Mon avis : Au contraire, un relevé 3D bien planifié peut éviter de multiples reprises ultérieures. L’anticipation des conflits et l’exactitude des données permettent souvent de gagner du temps sur le long terme.

En somme, le Scan to BIM est un véritable atout quand il est bien cadré et adapté aux besoins réels du projet. Il réduit les risques d’erreurs, améliore la communication entre les parties prenantes et peut se révéler rentable même pour des projets de taille modeste.

Comment vois-tu l’évolution de la technologie de relevé 3D dans les années à venir ?

Le Leica BLK360, le scanner 3D le plus petit du marché

  • Miniaturisation et portabilité : Les scanners laser deviennent de plus en plus compacts, rapides et faciles à transporter, ce qui facilite les relevés dans des zones difficiles d’accès.

  • Drones et robots autonomes : L’usage des drones pour la capture 3D se développe, offrant la possibilité de scanner des zones très élevées ou dangereuses pour l’homme. De plus, certains robots terrestres autonomes sont déjà testés pour parcourir les chantiers.

  • Photogrammétrie de haute précision : Les solutions de photogrammétrie s’améliorent (meilleure résolution des images, logiciels plus puissants), permettant d’obtenir des nuages de points très précis à partir de simples photos.

  • Fusion de données : On observe une tendance à combiner plusieurs technologies (laser + photogrammétrie + capteurs thermiques ou infrarouges) pour enrichir encore plus la maquette numérique et faciliter les analyses (détection d’humidité, ponts thermiques, etc.).

  • Baisse des coûts, démocratisation : Avec l’évolution du marché, les coûts liés à l’équipement de scan 3D et aux logiciels risquent de baisser, rendant ces technologies plus accessibles à tous.

Un petit mot pour finir ?

La numérisation 3D, lorsqu’elle est intégrée de façon cohérente au sein d’un processus BIM, offre un potentiel considérable pour optimiser la conception, la construction et l’exploitation des ouvrages. Qu’il s’agisse de gagner en précision, de réduire les coûts liés aux erreurs de conception, ou encore d’anticiper les contraintes futures, le Scan to BIM représente un atout majeur. En tant que Manager en Transformation Numérique, j’encourage vivement les acteurs du BTP à s’approprier ces nouvelles technologies et à investir dans la montée en compétences de leurs équipes.

Merci Héla pour ton intevention pour la communauté Scanny… Au plaisir de te retrouver prochainement.


Hela Marrakchi, ses services de consulting :

Conseil et accompagnement : adoption et intégration efficace des outils digitaux.

Pilotage de projets BIM : optimisation des workflows, définition et coordination des stratégies digitales pour garantir la cohérence des données et la réussite des projets.

Management d’équipe et conduite du changement : mentorat, développement des compétences, mise en place d’un environnement collaboratif et de processus durables.

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